Fribourg
, le 
18 mai 2018

Le tremplin de la relève littéraire

épître

En juin 2018, "Le Courrier" s'est intéressé à la campagne de financement participatif lancée par "L'Épître" en vue de sa professionnalisation.

 

La revue en ligne L’Epître fourmille de projets visant à encourager les nouvelles plumes. Un appel à fonds a été lancé.

 

Incubateur de talents: si elle est à la mode dans le monde de l’entreprise, la formule s’applique par- faitement à L’Epître, le "journal fribourgeois de la petite littérature très courte". Depuis cinq ans, la revue en ligne a publié plus de 200 textes courts en vers ou en prose, tout en fournissant à leurs auteurs (publiés ensuite ou non) des commen- taires d’une dizaine de lignes. Un retour critique rare et précieux, d’autant plus pour les nouvelles plumes. "A 18 ans, j’ai pris conscience qu’il n’existait aucune structure neutre qui fasse des retours objectifs et argumentés sur les textes", raconte Matthieu Corpataux, dynamique étudiant en Lettres qui achève actuellement son master à l’université de Fribourg.

C’est pour pallier ce manque qu’il lance L’Epître, structure bénévole de sept personnes aujourd’hui victime de son succès. "Nous proposons des pistes concrètes d’amélioration des textes et un accompagnement, poursuit Matthieu Corpataux. Mais nous n’arrivons plus à suivre et le délai de réponse est de sept à huit mois. Nous professionnaliser permettrait de payer les critiques, d’en engager davantage et d’être plus rapides." Mais aussi de se développer.

 

"L’Epître a la volonté et les capacités de devenir un acteur majeur de la vie culturelle en Suisse romande", lit-on sur wemakeit. L’équipe a en effet lancé un appel à fonds. But visé: 30 000 francs, sur les 50 000 nécessaires à sa croissance. A quinze jours de la clôture, plus de 12 000 francs ont déjà été réunis. La structure entend devenir une association à but non lucratif, dégager des salaires pour sa gestion éditoriale et inancière, et organiser une foule d’activités pour honorer sa mission: encourager et promouvoir la relève.

Ainsi, dès septembre, elle inaugurera son nouveau site internet en même temps qu’une saison foisonnante, avec ateliers d’écriture, lectures, débats, conférences, voyages littéraires ou expositions. Les retours critiques, eux, se déclineront en plusieurs formules: un commentaire d’une dizaine de lignes tel que pratiqué actuellement; un retour détaillé avec des commentaires plus poussés, pour une somme modique; et, enfin, un accompagnement littéraire personnalisé tel qu’il se pratique outre-Atlantique. "Beaucoup ont des idées pour écrire un livre mais manquent d’outils pour se lancer, explique Matthieu Corpataux. A partir d’un manuscrit, d’un squelette ou d’une idée, nous travaillerons pendant dix heures sur son projet avec l’auteur."

 

Il ne croit pas au «talent inné» et salue l’Institut littéraire suisse de Bienne ainsi que les rares éditeurs qui font un vrai travail de lectorat. "L’idée du site est aussi d’expérimenter. Les auteurs peuvent envoyer plusieurs contributions, tester des formes et des idées en étant suivis. Il s’y trouve des textes de niveaux différents, de petites perles très abouties et des choses moins bonnes, mais qui résultent de tout un travail. On peut ainsi faire mûrir son écriture, jusqu’à proposer un texte pour la revue papier."

C’est que L’Epître se décline aussi en recueil imprimé une fois par an – la dernière livraison est de belle facture, avec notamment des nouvelles de Jean-François Haas et Olivier Pitteloud, aux côtés des prometteurs Charly Rodriguez, Nicolas Violi ou Vincent Annen. Des contributions qui devraient être dorénavant payées. Quant aux ate- liers d’écriture, ils seront ouverts à tous et de dif- férents types. Les formules sur un week-end auront lieu à Fribourg (le premier sera donné par Blaise Hoffmann et Olivier Pitteloud), les autres se déplaceront selon la demande.

Communicatif, l’enthousiasme de Matthieu Corpataux entraîne dans son sillage des écrivains conirmés, tel les précités ou Jean-François Haas. Créer des liens, mettre en relation, une autre manière de favoriser le dialogue entre pairs.

 

APD

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